Pourquoi mon cheval compense lorsqu'il a mal? Le point de vue d'une ostéopathe.

C'est un terme que nous entendons souvent: "mon cheval compense". Il peut compenser une boiterie, une douleur viscérale, une blessure, un aplomb incorrect, un travail inadapté, des problèmes dentaires.... Mais que signifie exactement ce mot "compensation"? Comment l'ostéopathe explique t-il cette compensation et comment l'a traite t-il? 

la compensation physiologique

La compensation physiologique est un mécanisme qui permet au corps de se déplacer, de bouger, de garder une posture statique ou encore de respirer, tout ça, de façon inconsciente et sans que nous ressentions la moindre douleur.

 

C'est une action qui met à contribution, notamment, les os, les muscles et les ligaments des articulations.

 

Notre corps est constamment soumis à de nombreuses contraintes internes et externes. Par contraintes internes on entend, par exemple, les mouvements du transit digestif, les variations de la cage thoracique lorsque nous respirons, une tendinite, une entorse sur une articulation... Les contraintes externes vont être liées à l'environnement. Cela peut être le relief et les différentes textures du sol, le vent, une personne qui nous touche...

La compensation physiologique va permettre au corps de rester statique ou de se déplacer normalement, avec le moins de gêne possible, en prenant en compte la somme de toutes les contraintes internes et externes à un instant donné. Ainsi on ne tombe pas tête la première à chaque fois qu'une personne nous touche. 

 

 

C'est grâce à de très nombreux capteurs sensitifs situés au sein de certaines articulations que le système nerveux est capable de réajuster très précisément la position de chaque partie du corps dans l'espace.

 

Prenons pour exemple, un boulet, lorsque le cheval pose son pied sur le sol du manège. Au moment où le sabot touche le sol, de nombreuses informations sont envoyées au cerveau, via les nerfs sensitifs, pour l'informer de toutes les tensions résident en sein de ce boulet. Ainsi pour qu'il ne se torde pas dans tous les sens, le cerveau répond en ordonnant aux ligaments et tendons à l'intérieur et autour de l'articulation de se contracter ou se détendre pour ajuster l'équilibre du boulet. Ces contractions sont extrêmement fines et imperceptibles.

Si par exemple, ce cheval pose le pied dans un trou, les contractions réflexes de tout ce mécanisme ne suffiront pas à retendre le boulet pour qu'il ne se torde pas et l'animal se fera une belle entorse. Cependant, dans ce cas, la compensation physiologique à surement évité une belle luxation! 

La compensation physiologique est donc naturelle et même indispensable.

 

Certaines articulations peuvent se verrouiller, des muscles se contracturés sans que nous nous rendions compte de rien.

 

 

C'est un mécanisme de protection et d'auto-réparation du corps.

 

Prenons le même exemple, après que le cheval se soit tordu le boulet dans le trou du manège. L'animal n'est pas tombé, rien dans sa locomotion n'a changé et il ne ressent aucune douleur. On en conclu qu'il ne s'est rien fait. Mais de plus près, les ligaments entourant le boulet se sont légèrement étirés, il y a des micro lésions capillaires accompagnées d'un petit œdème avec peut être une chaleur et un gonflement de la zone. L'articulation du boulet va alors se verrouiller pour permettre le moins de mouvement possible durant la guérison. Le cheval va reporter son poids sur l'autre antérieur. Pour cela les dernières cervicales risquent de se verrouiller, ainsi que les autres articulations du membre atteint. Une fois la blessure guérie tout rentrera dans l'ordre et les compensations physiologiques disparaîtrons.

 

Avec l'âge, ce mécanisme est de moins en moins efficace.

 

Les articulations vieillissent, les ligaments se durcissent, les connections nerveuses se font moins bien; les compensations physiologiques sont donc moins performantes et il est alors plus facile de se faire mal. 



la compensation pathologique

spondylose des vertèbres lombaires
spondylose des vertèbres lombaires
position antalgique d'un cheval
position antalgique d'un cheval

 

La compensation pathologique apparaît lorsque la compensation physiologique ne suffit plus à garder l'équilibre du corps.

 

En effet lorsque l'organisme subit un nombre de contraintes trop important ou si la contrainte est trop forte, les symptômes ne peuvent plus être masqués et la contrainte physiologique ne permet plus, à elle seule, de faire fonctionner le corps. La douleur s'installe, ainsi que l’œdème et les contractures musculaires.

 

La frontière entre la compensation physiologique et la compensation pathologique est mince.

L'élément qui les différencie vraiment est la douleur.  

 

 

La compensation pathologique peut être réversible ou irréversible, tout dépend du problème qui l'a cause.

Si on prend l'exemple d'une vertèbre qui se verrouille suite à une chute; la zone touchée va être douloureuse, chaude, gonflée et limitera les mouvements de l'ensemble du dos du cheval. Si l'ostéopathe l'a manipule rapidement il n'y aura aucune séquelle. Cette compensation pathologique est réversible.

Si cette même vertèbre n'est pas manipulée elle provoquera une inflammation du dos durant plusieurs années. Pour se protéger, le corps va limiter les mouvements de la vertèbre et il va se former de l'arthrose sur cette zone (spondylose). Une fois installée, il est impossible de retirer l'ankylose de cette articulation; la compensation est maintenant irréversible. L'ostéopathe pourra redonner un peut de mobilité et de confort à la vertèbre mais elle ne pourra plus fonctionner normalement.     

 

 

 

Le rôle du praticien ostéopathe est de savoir quelles compensations peuvent être levées ou pas.

 

Il arrive que dans certaines situations on ne doive pas toucher aux compensations car elles permettent de maintenir l'équilibre du corps, malgré la douleur. Sans elles le résultat serait bien pire.

Par exemple, un cheval se fait une tendinite sur un antérieur. Durant sa convalescence il va reporter tout son poids sur l'antérieur opposé pour soulager le membre malade. En conséquence, les épaules, les cervicales basses et le garrot risquent de se verrouiller. Tant que le tendon n'est pas entièrement réparé pour supporter le poids du cheval, il est interdit de manipuler les compensations qui se sont installés sur l'avant-main. Ce serait une grave erreur qui ne ferait qu'augmenter la souffrance de l'animal et retarder sa guérison! Une fois le tendon soigné, l'ostéopathe pourra déverrouiller toutes les compensations pathologiques sans soucis.  

 


Que les compensations soient physiologiques ou pathologiques, elles pourront être traitées par l'ostéopathe, sous la condition que la cause les induisant puisse être traitée également. 

palpation du dos de cheval
palpation du dos de cheval

Cet article est un raisonnement personnel qui s'inspire de mes connaissances théoriques ainsi que de mon ressentit sur le terrain.


Écrire commentaire

Commentaires: 0